Lentement j'ouvris les yeux : rien. Du blanc. Aveugle ? Non je ne verrai probablement pas du blanc. Des contours flous se dessinèrent, pourtant toujours ce blanc lumineux et agressif. Après avoir cligné des yeux à plusieurs reprises mes pupilles s'habituèrent à l'éclairage, mais la couleur dominante ne changea pas. Sur le dos, j'entrepris de me soulever (sans grande réussite), la fatigue m'assaillit immédiatement. Cependant en persévérant et en puisant dans le peu de force que je possédais alors, je réussis à m'asseoir. Etais-je en vie ? Oui...
J'étais dans un lit d'hôpital. Étrangement cette nouvelle ne me préoccupa pas outre mesure, je ne réalisais pas. Sans grande conviction, je tentai de me souvenir de ce qui avait bien pu se produire. Rien. Mon esprit me renvoya autant de blanc que les murs de la pièce. Mon visage était inexpressif, en effet je ne ressentais rien, un calme illogique m'emplit. Peut êtres s'agissait il de ce fameux calme avant la tempête. Un terrible mal de crane me fit rapidement abandonner toute forme d'auto questionnement. Résignée, je ne bougeais pas. L'attente commença. L'attente de quoi ? Je ne le savais pas. Simplement l'attente, longue et immobile. J'attendais sûrement quelqu'un capable de poser les questions et donner les réponses à ma place. D'une manière ou d'une autre je sentais bien que mon cerveau n'en était plus capable.
Au bout de quelques temps, probablement des heures, je perçus des bruits de pas sur le carrelage froid du couloir à ma droite, les entendant de plus en plus distinctement j'en conclus qu'ils venaient pour moi. Ils s'arrêtèrent pile devant ma porte. Une jeune infirmière fit irruption dans la pièce mais elle ne remarqua pas tout de suite que j'étais consciente, elle m'offrit ainsi le temps nécessaire pour l'observer. Elle était jeune, elle était blonde, je m'imaginai aisément qu'elle dissimulait sous son uniforme un corps à en faire pâlir les mannequins des pages de lingerie, la ressemblance s'accentua dés lors qu'elle me vit éveillée et me gratifia d'un sourire figé. A cet instant je doutai fortement qu'on s'entende. Je ne réagis pas à la vue de ses rangés impeccables de dents, je restais impassible. Seuls les mouvements de mes globes oculaires la dévisageant toujours lui prouvèrent que j'étais effectivement sortie du sommeil. Intriguée, elle entrouvrit la porte et interpella une tierce personne de sa voix mélodieuse.
« Dr Hills ! La patiente de la chambre 28 est de nouveau parmi nous. »
La voix rauque d'un homme visiblement très occupé lui répondit distraitement.
« Allez chercher Fjord et rejoignez moi ensuite Meredith ... »
Meredith dites-vous ? Quelle horreur.
Alors que ma nouvelle amie la quittait, le Dr Hills (d'après mes profondes déductions) entra dans ma chambre. Absorbé par ce qui devait être mon dossier, il me regarda à peine, lorsque qu'il le fit ce fut entre deux ligne et d'un ½il critique. Bien entendu, il ne m'adressa pas la parole avant l'arrivé de ses collègues. Quelque part la situation m'arrangeait, de toute façon je ne savais pas si je savais parler. S'il existait un bouton pause sur les individus je soupçonnais le mien d'être profondément enfoncé.
Quelques minutes plus tard l'infirmière fut de retour, elle était suivie de prés (trop près ?)Par un jeune et grand médecin blond également, le Dr Fjord. Les trois personnages en blouse blanche s'interrogèrent du regard. Cependant aucun d'eux ne mentionna le fait que, étant réveillée, je pouvais leur être utile. Je continuai donc à ne servir à rien. L'attente.
Le nez toujours plongé dans la paperasse, ce fut néanmoins le Dr Hills qui prit la parole en premier...
«Jeune fille, âge présumé : 17 ans. Arrivée au service il y a deux jours dans un état critique. Inconsciente. Traumatisme crânien, sans complication à craindre. Contusions, hématomes et larges entailles à différents endroits du corps... »
Le Dr Fjord poursuivit la terrifiante liste de tête.
« Voies respiratoires obstrués entrainant des difficultés passagères, blessures extrêmement profondes. Opérations pratiquées : intubation et nombreux points de sutures, vie du patient non menacé. »
Ce fut l'infirmière qui conclut leur conversation, avec un enthousiasme qui m'aurait parut déplacée si j'avais été en mesure de ressentir quelque chose.
« Et la voila !
Il semblerait
« - Elle vous a parlé Meredith ?
- Peut-être que c'est à elle qu'on devrait poser la question. »Proposa le docteur fjord.
Enfin ! Quelqu'un venait de remarquer ma présence... Mes yeux se plantèrent dans ceux du médecin blond en signe de remerciement. L'infirmière décidément trop souriante prit le relais de la même façon que précédemment.
« Bonjour jeune fille! »
Mon étrange calme intérieur ne disparaissait pas. Je ne lui répondis pas : je m'économisais. Ayant déjà des doutes au sujet de mes aptitudes à la parole ...je ne voyais pas l'intérêt de m'épuiser en formule de politesse.
« Tu te sens mieux ? »
Bien forcée de répondre aux phrases interrogatives, sans grands espoir et sans trop réfléchir, cette fois je lui fis le plaisir d'une réponse à voix faible.
« Je ne sais pas. »
Elle se voulut rassurante.
« C'est normal. »
Je n'étais pas inquiète. Le vieux médecin intervint de nouveau.
« Demandez-lui son nom. »
Il ne pouvait apparemment pas le faire lui-même alors l'infirmière s'exécuta.
« Comment tu t'appelles ? »
La question résonna dans ma tête sans buter sur un résonnement logique. Sans crier gare mon calme irrationnel se brisa, laissant place à un sentiment d'angoisse qui s'insinua dans mon esprit embrumé et fit trembler chaque parcelle de mon corps meurtri.
Comment tu t'appelles ? Une vision fugitive de ma silhouette agenouillée sur la route me revint. Mon visage se crispa de douleur, fermant les yeux je partis à la recherche d'une réponse. Seulement, toujours ce blanc. Ma respiration s'accéléra dangereusement. Quel est mon nom ??
Durant tout ce temps les médecins présent n'avaient pas changés d'expressions, ils attendaient bêtement ma réponse et ne semblait pas avoir conscience de ce qui venait de se produire. Je fermai les yeux, Je n'avais pas d'autres choix.
« Je ... je ne sais pas... non plus. »
Elle parut surprise
« Ton prénom alors «
Elle pense que je suis stupide ?
Sans même m'en rendre compte je lui lançai un regard haineux. La rage devait être plus supportable que la panique car mon angoisse incontrôlée se mua instantanément en colère. Mes yeux accusèrent successivement les trois autres formes de vie présentes dans ma chambre.
Le docteur Fjord, dépassé par mon changement d'attitude, vint à la rescousse de la jeune femme pendant que leur confrère observait la scène d'un air détaché la tète légèrement penchée.
« Tu ne sais plus comment tu t'appelles ? » Me demanda –t-il.
Je secouai la tête de gauche à droite. Ma première réponse n'était pas assez claire ? Plus j'y pensais plus cette question anodine qui restait en suspens me rongeait. Sans doute à cause de cette condescendance sur leur visage et dans leurs gestes, je me surpris moi-même en explosant.
« - NON ! Je viens de vous le dire...
- ...
- Et pour répondre à votre prochaine question inutile je ne connais pas non plus mon âge... »
Ma voix se brisa.
« Mais surtout je ne sais pas ce que je viens foutre ici alors on arrête l'interrogatoire tout de suite ! »
Fjord me prit la main
« Calme toi ...C'est le contre coup du choc. Respire ... je vais t'expliquer certaines choses pour que t'y vois plus clair. »
Suivant ses conseils, ma respiration redevint presque normale
« - Quelqu'un t'a retrouvée évanouie, au milieu d'une route il y a deux jours, tu as eu beaucoup de chance, il t'a emmené directement ici,, à l'hôpital central. On t'a soigné et tu as « dormi » pendant tout ce temps.
- ...
- de quoi tu te souviens ? »
Ce blanc total à la case des souvenirs m'assaillit une nouvelle fois.
« Rien ... »
Ils attendaient visiblement que je développe mes propos, je fis de mon mieux.
« - je ... je sais des choses vous voyez, enfin je crois savoir des choses, mais c'est comme si je n'avais jamais existé. C'est ridicule ! »
De l'incompréhension sur deux des visages
« Je ne sais pas qui je suis...
- qu'en ait-il de ta famille ? Poursuivis le jeune homme.
- comment voulait-vous qu'à ce stade je sache si j'ai de la famille, ou des amis ? »
Un flot de sympathie qui s'échappait du médecin m'atteignit, mais il ne m'aida pas à me sentir mieux.
Le Dr Hills continua de me scruter quelques minutes en silence, puis il s'approcha de nous pour s'adresser d'un ton catégorique à ses collègues.
« Amnésie totale. »
Je pus lire sur le visage de l'infirmière qu'elle était presque aussi perdue que moi. Ma vision se troubla un peu mais j'essayai de fixer mon attention sur la voix du docteur Hills, peut-être le seul capable de m'expliquer pourquoi un vide intersidéral s'était immiscé entre mes deux oreilles.
« - D'après ce qu'elle tente de nous raconter nous pouvons envisager deux cas de figure.
Soit cette jeune fille a perdu la mémoire suite à une chute malheureuse ou des coups violents, je ne vous apprends rien en la matière Fjord, il s'agit d'un cas plutôt répandu.
- Euh ... relativement tout de même, c'est le premier cas que je rencontre. Spécifia Fjord
- Ici c'est exclusivement l'état du corps qui perturbe l'esprit, si c'est le cas elle devrait retrouver la mémoire progressivement.
Seulement le trouble peut trouver son origine ailleurs, si son esprit attaque son esprit, elle nous fait un déni. » conclut-i l.
Je ne perdais aucune syllabe qui s'échappait de la bouche de cet homme.
« - Son inconscient ? proposa faiblement l'infirmière.
- Oui si on veut. Dans une optique de protection son inconscient à pu juger préférable d'occulter certaines partie de sa vie, en l'occurrence tout sa vie. Si tel est le cas ce sera plus délicat. »
« - Vous êtes sérieux ? Au point de créer une amnésie totale ? ajouta fjord , refusant d'y croire
- ce n'est qu'une des hypothèses.
- Soyons réalistes, si on considère les faits et les dégâts physiques... peut être s'est-elle fait renverser par une voiture ou ...
- Je ne suis sur que d'une chose mon cher c'est que de toutes façon elle ne pourra pas nous aider à le savoir. La gosse ne se souvient même pas de son propre visage, alors évitez de l'accabler avec vos scénarios. Il nous est impossible de déterminer ce qui à provoqué ses blessures.
- De toute façon on s'en fiche, ce que j'essaye de dire c'est qu'à un degré de perte de mémoire aussi élevé l'origine ne put être que physiologique !
- J'espère que vous avez raison... dans ce cas avec un peu d'aide elle devrait retrouver ses moyens assez vite »
Cette perspective me fit reprendre quelque peu le contrôle de mon corps. Tout était surréaliste et rien de ce qui venait d'être dit n'était franchement rassurant, pourtant je me détendis. J'avais des explications rationnelles auxquelles me retenir pour éloigner l'angoisse. A mon grand soulagement, je n'étais pas folle, je n'avais aucune idée de qui j'avais bien pu être avant, certes, mais j'avais quand même conscience de qui j'étais maintenant. J'étais en vie, j'avais l'intention de le rester et j'avais terriblement sommeil.
Une ride d'inquiétude barrait le front du Dr fjord.
« Qu'est ce qu'on fait Renaud ? »
Le Dr Hills se nommait donc Renaud ? Comme le chanteur. Je me souvenais d'un chanteur populaire mais pas de ma propre famille ... quelle merde.
« - On continue soigner ses blessures et on recontacte les autorités. Il faut retrouver ses parents le plus vite possible.
- Et moi je fais quoi ? Lui demandai-je soucieuse .
- Ce que tu viens de faire pendant deux jours, tu te reposes et tu guéris.
Il est probable que tu retrouve des souvenirs dans peu de temps. Ca devrait te revenir petit à petit, quand tu seras prête. »
Meredith conclut.
« Ne t'en fait pas quand on aura retrouvé tes parents ils t'aideront. »
Je pâlis. Mes dernières forces m'abandonnèrent et mes paupières devinrent plus lourdes. Fjord dut s'en rendre compte car à cet instant il exerça une légère pression avec main restée dans la mienne.
« Repose toi on reparlera de tout ça demain, si tu as besoin d'aide demande Meredith. » me souffla-t-il.
Je leur répondis dans un souffle un « merci » avant de m'abandonner à la chaleur et à la sécurité du lit. Tout allait s'arranger, je savais peu de choses mais je le présentais. Quand on est au plus bas tout ne peut qu'aller mieux n'est-ce pas ? S'en suivit un sommeil vide, réparateur.
Buulle